Il est communément admis qu’il faut obéir dans la société et que c’est même la base de la vie en société. Il n’y a rien de plus faux. La vie en société n’est pas basée sur l’obéissance, ou sur la désobéissance, mais sur la responsabilité. L’obéissance n’est qu’une conséquence, en l’occurrence d’une responsabilité, qui elle-même est jaugée à l’aune d’une légitimité. Même dans une monarchie. Le sujet obéit au roi parce qu’il le juge légitime. Et dès qu’il ne le juge plus légitime, il ambitionne de le renverser. D’où la propension des rois à se rendre légitimes par la religion en se proclamant élus de dieux ou de Dieu, et par tout un tas d’autres moyens.
En démocratie, la légitimité se cherche aussi. Le peuple ne peut se justifier par le peuple. Alors il tend à faire du peuple un dieu, forcément versatile, et inapte à se donner des solutions immanentes. Puis lorsque l’institution peuple, ou l’institution royale, s’est faite dieu, elle exige d’être obéie, sans discernement. Et elle devient haïssable. Plus encore, elle devient incompétente et génère le malheur, car elle ne demande plus à ses sujets ou à ses citoyens de réfléchir mais d’obéir.
Cette demande servile provient parfois des sujets et des citoyens eux-mêmes, car l’obéissance soulage l’individu de la responsabilité et de la réflexion. Ceux-là veulent retourner à leur travail, se consacrer à leur capital, ou se faire entretenir par l’état sans retour que celui d’une obéissance molle, dans un même mouvement d’irresponsabilité et d’infantilisme.
L’obéissance n’est pas le propre du fonctionnaire. Dans notre société, nous voyons systématiquement les marchands ou les agriculteurs céder aux sirènes de leur propre intérêt, jusqu’à la mort. Ceux là refusent d’entrer dans une véritable opposition tant qu’il leur est laissé l’opportunité de travailler, même à perte, jusqu’au suicide. L’obéissance pour l’obéissance tue, et de bien des manières.
Le christianisme a révélé que la société était nue. Avant, un Athénien comme Socrate, au comble de l’esprit de civilisation, pouvait estimer que son devoir consistait à se suicider, face à une société qui n’acceptait pas ses raisonnements. Les individus étaient sacrifiés sur l’autel de l’obéissance, souvent avec leur propre assentiment, alors même qu’ils savaient avoir raison : « Il vaut mieux de mauvaises lois que pas de lois du tout ». Les pyramides incas ruisselaient du sang de victimes heureuses d’aller se faire arracher le coeur, pour soulager le dieu de la pluie. Bien des personnes enfermées par les communistes n’ont pas renié leurs idées communistes.
Pourtant, depuis Jésus, une distance a été introduite avec le pouvoir. Il faut certes rendre à César ce qui est à César, mais Dieu a aussi sa part, et la plus élevée. Cette distinction oblige à penser la légitimité du pouvoir en dehors des victoires et des défaites matérielles temporaires, et surtout, en dehors d’une obéissance aveugle au potentat. Seulement, dans une société qui se déchristianise, la tentation est forte d’en revenir à une forme ancienne de chaos et de superstition. Nous l’avons vu durant la période covidesque. Le vernis de civilisation a craqué. Il fallait s’injecter un produit expérimental dans le corps, parce que l’autorité sociale l’avait décidée, et qu’elle ne pouvait avoir tort, au nom d’une science érigée en superstition.
Au nom de la science, tous les principes scientifiques ont été abolis. Le confinement et l’utilisation des masques comme objets magiques, grigris sensés nous protéger, sont devenus croyance, une croyance dont nos concitoyens ne se sont pas sortis, alors que 5 années se sont écoulées depuis ce marasme , et dans une société se gargarisant d’ « évolution », de « modernité » et « d’esprit scientifique ». Il faut dire que nos concitoyens toujours plus païens misent sur l’obéissance dans une fuite en avant dangereuse. Se croyant libérés du christianisme, ils sont prisonniers de leurs erreurs car incapables de toute remise en question, notamment par la confession et l’introspection individuelle. Pendant ce temps, plus ils obéissent, et plus la société déchoit, cette même société qu’ils disent défendre.
Dans notre société, le niveau d’obéissance est corrélé à une irresponsabilité totale. Les gens travaillent, mais ils ne font plus leur travail, car ils croient que faire leur travail, c’est obéir. Celui qui fait son travail est licencié. Le lanceur d’alerte est sacrifié et célébré en même temps, paganisme s’il en est. Le médecin obéit à des protocoles. Il mutualise son action pour mieux éviter d’avoir à en être responsable. Il prend des décisions « collégiales » parfois pour donner la mort. Tout cela participe à son incurie et à la prise de décisions collectives empruntes de politiquement correct. Il ne faudrait pas se mettre en opposition à la pensée commune.
Ce nouveau modus vivendi du médecin ne lui est pas particulier. L’infirmière ne soigne plus des malades, elle coche des cases, pour montrer à son organisation qu’elle a bien distribué des médicaments dans le bon ordre. Son ego de petite fille sage est flatté, tandis qu’elle se sent dépossédée de son ambition première. Les cols blancs crient d’une même voix leur slogan préféré : « pas de couilles, pas d’embrouilles ». Ils ont une famille à nourrir, l’honneur est sauf. Les fonctionnaires conspuent le « manque de moyens » dans une société qui n’a jamais eu tant de moyens, pour mieux s’exonérer de toute responsabilité personnelle, et ne pas admettre qu’ils sont lâches. Le petit patron n’a pas le temps. Il se glorifie de payer des impôts et entend bien ne pas être remis en question dans ses choix à cause de cela. Il voit la politique comme une contrainte, comme s’il n’était même pas citoyen de son pays. Sa patrie, c’est l’argent. Quant aux hommes politiques en démocratie, ils entendent bien n’être que le reflet de cette aspiration générale à la paresse, afin de pouvoir être élus. Tous ces intégrés se sentent tellement corrompus qu’ils n’arrivent même plus à insulter les « assistés » qui profitent du système. Ils sentent trop bien, qu’ils sont les premiers assistés du système, et de loin, surtout qu’ils ont choisi de l’être.
Quid du féminisme me direz-vous ? Comme si les femmes n’étaient pas les premières à obéir en société (ou à désobéir), comme si elles n’avaient pas pourri tous les milieux professionnels qu’elles avaient investi avec leurs réactions de petites filles sages et méchantes, soumises à la pire d’entre elles. Comme si leur inexpérience du milieu social n’avait pas joué et ne nous avait pas tirés vers le bas. Comme si elles ne s’étaient pas servies de leurs hautes compétences en matière sentimentale pour mieux imposer ce monde où la décision n’est pas prise au nom de l’intérêt collectif, mais où la décision est le collectif, incontestable. Comme si la perméabilité au sexe, n’avait pas fait appel à nos instincts les plus grégaires et les plus régressifs. L’effondrement des secteurs féminisés et de notre société féminisée stérile n’est pas un hasard. Certains s’imaginent que la légitimité d’une société repose sur notre capacité à intégrer les femmes dans le monde du travail, de défendre les pov’ femmes, quand il s’agit surtout de les en préserver et de nous en préserver. A gauche, les hommes font fi de défendre les femmes afin d’être autorisés à avoir des relations sexuelles avec elles. A droite, les hommes se font gloire de défendre les femmes au nom d’un idéal féminin qui les confine à l’enfance dans une relation mal transcendée à leur mère idéalisée. Jamais ils ne s’interrogent sur l’objet de ce combat qui les aveugle et les rend inapte à prendre des décisions d’hommes, pour le collectif.
La jalousie envers les hommes, la bêtise masculine, l’appât du gain, tout concourt dans une société sans religion à l’anéantissement social au nom du social. Cette montagne d’argent nous a conduit à ne plus avoir d’enfants, la viande a disparu de nos tables et il faut désormais l’accepter au nom du progrès. L’affection s’est évaporée en même temps, et finalement la misère et l’isolement sont notre salaire. Comme si nous n’en avions pas fini avec la chute d’Adam, comme si le Christ n’était pas déjà venu pour nous relever.
Alors nous sombrons indéfiniment, les païens d’extrême gauche entendant bien supprimer les dernières familles chrétiennes, les dernières écoles chrétiennes, les derniers hôpitaux chrétiens, qui pourraient pointer du doigt leur échec, comme ils ont tenté de contraindre tout le monde à se faire vacciner pour éviter d’avoir des personnes témoins de leur crime.
Que l’Église ait participé au crime n’est pas un argument pour moi. La conversion n’exclut pas le combat, à l’intérieur même de l’Église. Et il y aura toujours une tension entre ceux qui veulent se rallier à la société, et ceux qui entendent bien vivre libres et en conscience de leur foi. Saint Paul demande aux esclaves d’obéir à leurs maîtres. Mais un catholique ne peut servir Dieu et l’argent. Le catholicisme devient alors le mouvement à la pointe de la lutte contre l’esclavage, quand bien même ses membres les plus éminents se fourvoieraient.
Tout comme il ne faut pas obéir, il ne faut pas désobéir. L’obéissance n’est pas une fin en soi, pas plus que la désobéissance. Le service à Dieu peut l’être. S’il y a bien une vertu d’obéissance dans les monastères, qui fait grandir en foi les individus, elle n’autorise pas la maltraitance. Et la correction fraternelle ne peut avoir pour objet que l’édification du croyant. Que beaucoup de saints aient pu acquérir des vertus héroïques envers et contre leur hiérarchie religieuse, ne devrait pas nous inciter à accepter le tout et le n’importe quoi. Si le moine doit obéir avec son coeur, il a le devoir de désobéir avec ses pieds, si la charge que le monastère lui impose, est trop lourde à porter.


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