Les enfants perdus d’occident

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Assis autour d’un feu, le garçon raconte à la fille comment il l’a violée. Mais sans en avoir vraiment conscience à l’époque. Il ne sait même pas s’il doit s’excuser. Elle ne sait pas si elle désire des excuses, tout en lui reprochant son indécision à ce sujet. Il devrait savoir en tant qu’homme. Surtout que c’est lui qui est revenu vers elle, qu’il dit avoir compris quelque chose depuis « me too ».

Il a compris, ou plutôt, il a peur désormais. Ce qu’il croyait avoir été des relations consenties, plusieurs fois de suite, ne lui apparaissent plus comme tel. Elle n’a pas mis de limites à son désir. Il a eu une prise de conscience tardive après s’être comporté à l’identique, durant des années, auprès d’autres partenaires. Il revient vers celle-là, sans savoir ce qu’il veut réparer. Mais elle a accepté. Et elle entend filmer l’échange pour participer à la « libération de la parole ». Car elle est féministe.

Elle l’était déjà à l’époque de l’agression. Elle affirme que son féminisme lui a même évité un traumatisme trop grand. Par contre, il ne lui a pas permis de dire « non », tout simplement, ni la première fois, ni les fois suivantes. Peut-être cette idée d’homme surpuissant, en relief de l’idéologie féministe, homme qui aurait tous les pouvoirs dans la société et sur le corps de femmes, s’est imposée à elle… Finalement, le viol a légitimé sa représentation féministe des hommes.

Ce traumatisme ne l’a pas empêchée non plus d’avoir une sexualité débridée par la suite, jusqu’à connaître un nouveau viol. Depuis, elle est devenue plus sélective. Elle commence à comprendre ce qu’elle désire, et surtout, ce qu’elle ne veut plus, après une décennie de tergiversations, de libération de son corps, et de vieillissement.

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Cet échange lunaire l’est beaucoup moins que les réactions du public après la projection du film. Ce dernier est transi, mais il trouve formidable que la parole ait pu se libérer. Il ne voit pas à quel point ces deux enfants de 30 ans sont paumés, parce qu’il l’est tout autant. La libération de la parole est érigée en mantra. Au moins, estime-t-on que c’est un premier pas. Un premier pas vers quoi ?

Les enfants perdus doivent faire leur expérience seuls. La transmission n’existe pas. De leurs essais erreurs, va naître une vérité magique. Et de cette vérité magique va naître un nouveau monde. La « libération de la parole » est une de ces immanences qui va nous conduire à la félicité. Ou peut-être est-ce tout simplement l’application d’une forme de sélection naturelle qui leur est si chère ? Les uns vont trouver un chemin, les autres dépérir. Tant pis pour eux. Les plus forts survivent !

Pourtant ceux qui échouent sont plutôt bien faits génétiquement parlant. Des hanches larges, une blondeur qui vient de loin, un joli gras qui aurait pu lui permettre de survivre à toutes les famines passées, pas bête, cette fille violée, je n’ose l’appeler femme, pourrait être la génitrice d’une multitude de petits aryens. Mais elle attend encore et encore. Quoi ? Ce beau garçon qui la sollicite, je n’ose l’appeler homme, devrait savoir. Et là patatras. Il a été capable de la pénétrer jusqu’au sang sans tenir compte de son déplaisir, mais il n’est toujours pas capable de formuler un pardon. Un pardon ! Ne verserait-on pas dans le plus odieux des christianismes en cédant à ce penchant ? Ne reculerait-on pas en arrière de plusieurs siècles, que dis-je, de plusieurs millénaires ?

Le malheur de ces deux jeunes et du public stupéfait, n’est pas d’avancer, mais de devoir reculer, d’y être obligé par la force des choses, et de devoir s’apercevoir de l’abysse qu’ils ont à combler avant de pouvoir poursuivre leur chemin. Plus ils cherchent une vérité immanente, et plus ils sont ramenés à des notions anciennes qui leur sont devenus odieuses, toujours pas assez étrangères. Alors ils creusent. En s’enfonçant toujours plus, ils espèrent remettre de l’ordre dans la société et dans leur existence, et s’exonérer de toute leçon patriarcale. L’ennemi, c’est l’illégitimité passée, le viol et la tromperie généralisée des pères. La patriarcat, c’est dépassé. Le retour à maman dans cette société confortable est la solution toute trouvée, facile, agréable, qui ne devrait brusquer personne.

La libération de la parole procède de ce mythe grégaire. Les enfants doivent s’exprimer. Ils vont avoir des idées fraîches et merveilleuses qui renouvelleront le monde. La parole de l’enfant vaut celle de l’adulte. Il peut s’exprimer dans la classe et pendant les repas à l’égal de ses aînés. Souvent, il se contente de questionner avec avidité, comme si il avait été privé de leçons… Autour du feu, rien ne vient sinon l’hypothèse d’une demande de pardon hasardeuse, là encore sous forme de question, mais moins assurée à 30 ans qu’à 10 ans. L’enfance s’est érodée. Pointe la renonciation accompagnée par un public pour qui la fascination émotive l’emporte sur le constat objectif d’un fiasco. L’indécence est oblitérée.

Dans ce documentaire, les intimités s’exposent, renouvellent le viol, des consciences cette fois. Du porno pour femmes. La bassesse y est décrite comme d’un soulagement. On se comprend. On se parle. On est solidaires, ensemble, paumés mais ensemble. Ca donne l’impression d’une communion, surtout autour de ce feu. Qu’importe l’état psychologique déplorable de ces deux individus. Leur idéologie de la libération autrefois sexuelle, désormais de la parole, les a poussés jusqu’aux limites du supportable. Mais les jeunes spectateurs savent très bien qu’ils ne valent pas mieux. Bientôt il n’y aura plus d’énergie en eux, plus de direction, plus de vigueur. Leur désir de « libération de la parole », est une tentative désespérée de réordonner leur vie. Sans exemple, leur jeunesse passée les laissera exsangue. Ils transmettront un poids plus lourd à leurs enfants, ou n’en auront pas. Le réflexe animal et maternel n’est pas toujours suffisant pour reproduire la société.

Les enfants perdus d’occident semblent savoir pourtant où aller. Ils tournent leur regard en direction de leur smartphone, moitié mère, moitié chair, mais sont devenus incapables de nouer des rencontres dans le monde réel. Et quand le monde ne correspond plus à l’image qu’ils s’en sont faite à travers les réseaux et leurs idéologies, le bug se transforme en dépression, en burnout, en addiction. Les amitiés qu’ils croyaient si solides, s’étiolent. Ce monde qu’ils combattent mais qu’ils accompagnent en le combattant, se retourne contre eux. Il est trop tard. Le sens s’est perdu.

L’écologie de discours fait long feu. Elle ne suffit plus toujours à alimenter sa religion personnelle. Ni le féminisme. Le compromis est permanent. Il ne naît pas d’une appréhension de la complexité du monde. Il naît d’une renonciation. Ils vont devenir d’ici peu des renonciateurs, bloqués, réactionnaires dans leurs idées de progrès, fragiles. Incertains de tout. Ils se réfugient parfois à la campagne pour créer une contre société. Ils réinventent les difficultés actuelle de la société, parce que l’être humain est resté le même, et échouent de la même manière, par manque de vertus.

Autre cas, la jeune fille qui s’est faite avorter. Elle ne croyait pas qu’elle allait en arriver là. Elle ne comprend même pas ce qui lui est arrivé, ni comment cette idéologie de la libération l’a enfermée, à ce point. Elle pense que la douleur va finir par passer. Le temps guérit les pires des maux. Elle a le regard dans le vide en attendant. Elle vit à côté de sa vie, et ère sans pouvoir comprendre que la société féministe lui a menti. Cette société féministe, elle s’est pourtant battue pour elle, contre le système patriarcal. Comment pourrait-elle l’avoir trahie ?

La société d’hier était un peu hypocrite. Mais elle distinguait le bien du mal. La société actuelle vous encourage au mal sous prétexte de vérité puritaine. La jeune fille avortée découvre la douleur là où il ne devrait pas y en avoir. Doit-elle en accuser les hommes, elle qui a exercé son droit ultime de femme libre ? Faut-il continuer cette fuite en avant qui l’a mise dans une situation aussi déplorable ? Elle hésite désormais. Ce quitte ou double pourrait être lourd de conséquence s’il se retrouvait perdant. Elle n’y survivrait pas. Du coup, elle va peut-être se corriger un peu, juste pour avoir espoir de survivre, tout en conservant ses amies, son ami, qui pensent comme elle. Et de petits ajustements en petits ajustement, le néant prendra toute la place.

La mission que se donnent ces jeunes, est encore d’accueillir tous les travers humains, au nom de cette même lutte contre l’hypocrisie. Les enfants perdus d’occident ont une tolérance sans limite envers leur prochain, sauf s’il devient trop proche évidemment, ou si c’est un facho. L’accueil inconditionnel de « l’autre », mauvaise digestion d’un christianisme laïcisé, s’est transformé en validation de la déviance et de la perversion, jusqu’au viol qui n’est plus perçu comme un viol. Car la définition du viol n’existe plus dans un monde qui se définit par l’absence de limites.

Les féministes parlent sans cesse de consentement, comme d’une limite qui serait facile à définir. Or l’enfant, l’ignorant, l’être immature sont incapables de consentir. A cause d’eux, il faudrait en revenir à des règles, ce qui aboutirait à une inévitable régression patriarcale. Sans parler de ce consentement qui pose question en lui-même, comme si l’individu était toujours capable de s’extraire de ses propres aveuglements.

Les féministes confondent leurs désirs volatiles et la vérité. Voilà pourquoi le consentement d’hier, ne l’est plus, quand avec l’expérience, certaines de ces femmes reviennent sur leur candeur passée. A l’époque, elles ne voulaient pas suivre de règles. Si quelqu’un, un homme, les avait forcé à être raisonnables, elles auraient dénoncé l’affreuse mainmise du patriarcal. Désormais qu’elles ont acquis un poids chiche de conscience, elles deviennent plus extrémistes que jamais en matière de respect. Leur libération sexuelle est devenue libération de la parole et mise en accusation des hommes qui ont agi comme elles l’entendaient. Les enfants paumés d’occident continuent pourtant sur ce chemin en remettant une pièce égalitaire dans la machine. 

Pour les enfants perdus d’occident, les hommes sont des femmes et inversement. Il n’y a aucune différence spirituelle entre eux, et à la fin, plus de différence de nature. Ils appellent cela égalité. Parfois, ces enfants perdus vous diront le contraire. Ils vous affirmeront même qu’ils connaissent ces différences et que pourtant, ils peuvent vivre une forme d’égalité. Voilà qui démontre à quel point ils n’ont rien compris. Il est impossible de vivre une égalité entre hommes et femmes, sans sombrer irrémédiablement dans l’indifférenciation. C’est mécanique. D’ailleurs, de plus en plus d’enfants en occident ne savent plus s’ils sont hommes ou femmes, quand ils ont la moindre idée des différences hommes-femmes. Ils pratiquent parfois une sexualité indifférenciée pour vivre en cohérence, ou pas de sexualité du tout quand ça devient trop compliqué. Nombre de femmes qui travaillent comme des hommes refusent d’avoir des enfants. Beaucoup d’hommes ne comprennent plus où ils doivent se situer, alors que les femmes attendent qu’ils assument leurs responsabilités. Voilà le résultat de l’égalité. Dès lors, ces hommes maternent en couple, et les femmes assument, tous plus régressifs que jamais, avec les maltraitances sexuelles qui en sont la conséquence.

Cette féminisation n’empêche pas la névrose. Les enfants perdus violent ou attendent d’être violées secrètement. Pourtant ils sont de gauche. Mais à force d’avoir contraint leur esprit à croire en des aberrations, la tentation devient grande pour eux de vivre l’exact contraire de leur politique dans l’intimité. L’hypocrisie qu’ils disent combattre n’a jamais été si grande. La femme de cette espèce attend le viol qu’elle fantasme comme d’une solution à une libération choisie et qui a pourtant pris la tournure d’une d’impasse. L’homme qui lui fait écho, croit devoir endosser le rôle de l’homme surpuissant et égoïste qui profite des femmes pour pouvoir mieux les satisfaire. Et tous les deux redonnent vie à l’image bestiale d’un patriarcat qui n’a jamais existé, sauf dans leur imaginaire. Ils font renaître la pire des sauvageries qui est la conséquence directe d’une philosophie de vie matriarcale. Car laissés à eux, les enfants ne réinventent pas une société patriarcale. Ils tètent le sein de leur mère sans restriction, ou ils le donnent pour mieux posséder l’enfant à qui ils le donnent.

Dans le documentaire, le garçon a mordu le sein de sa partenaire jusqu’au sang. Voilà ce qui a été le plus difficile à supporter selon elle. Et pour cause. Elle a senti la morsure d’un enfant avide, et entrevu que le matriarcat qu’elle promouvait n’était pas la solution, mais le problème. Cependant, elle continue dans la névrose, et le public avec elle. Tous, ne voient que la réminiscence du patriarcat dans le geste de ce jeune garçon, quand il faut y voir de manière évidente, son attachement au sein maternel, à la femme.

A l’autre bord, la réaction allergique d’une partie de la jeunesse occidentale n’en est pas moins inquiétante. Face aux excès de l’égalité, celle-là adopte une réponse caricaturale. Elle se travestit en surhomme, « alpha », s’imaginant ici détenir une indépassable vérité. Les filles quant à elles, assument de plus en plus clairement un comportement de prostituée. Vente d’image, d’images, du corps, et plus insidieux encore, retour à un mariage traditionnel privé d’une dimension émotionnelle. La démesure des égalitaires fait échos à la démesure de ces inégalitaires. N’ayant plus de modèles, ils reprennent à leur compte les caricatures qui leur ont été vendues par les féministes, quand bien même ce serait en relief. Ils sont tous autant incapables les uns que les autres, de construire des unions stables, les uns parce qu’ils refusent les règles, les autres parce qu’ils veulent l’ordre pour l’ordre.

Au milieu des enfants perdus d’occident, des couples solides se forment. Même à gauche. Ceux-là perpétuent un héritage qui s’érode mais qu’ils refusent de donner en exemple aux autres. Ils ne sont pas des modèles. Ils ne veulent pas l’être. Et ce faisant, ils laissent les autres s’abîmer, au nom de la conception qu’ils se font de la tolérance. Parlons plutôt de lâcheté, d’autant plus que ce sera plus difficile pour leurs enfants dans un tel contexte. Pourtant, ils se tiennent en haute estime, eux qui se disent capables d’accepter n’importe qui, quoi.

A droite, car la société se polarise, l’entre soi prend une autre forme. Il faut donner l’image d’une tradition en bonne et due forme. L’enfermement n’est pas loin. L’ignorance et la fragilité le suivent. Le costume est devenu trop large pour les uns, et trop étroit pour les autres, au choix, parce que les modèles n’en sont plus. Ils sont des caricatures d’hommes et de femmes nées de la société, non des exemples familiaux.

Dans notre société, la parole s’est libérée peut-être, mais le débat n’a jamais lieu. Les enfants perdus se regardent à l’évidence comme des étrangers au moment même où ils ne sont jamais autant tolérés les uns les autres. Ils ont leur réseau, leurs chambres d’échos. Parce qu’il ne faut pas choquer, il ne faut pas débattre non plus. Du coup, chaque individu devient un îlot sentimental coupé des autres îlots. Parfois, il y a encore un peu de discussion sur les réseaux sociaux, quand un Elon Musk décide qu’il faut limiter la censure à gauche. Mais entre les désirs des excités, les intérêts gouvernementaux ou des grandes entreprises, tout cela ne tient qu’à un fil.

Les enfants perdus d’occident croient que la sexualité est neutre dans la relation, qu’elle n’est que plaisir, et qu’elle est forcément amour. Et accomplissement. Le lien sexuel définit la relation. S’il perdure, c’est que la relation était vouée à perdurer. Sinon, c’était que les deux corps et donc la relation, n’était pas souhaitable. Ils ne comprennent plus que la sexualité est un ogre qui dévore ses enfants, qu’elle doit être canalisée au sein d’institutions, qu’il faut vérifier sa compatibilité spirituelle avec un partenaire avant de l’entreprendre, qu’elle a une autonomie propre dans la relation qui menace toujours la relation et surtout qu’elle est addictive, non pas qu’elle perdure toujours au sein du couple, mais qu’éteinte, elle continue à définir le couple, et les tromperies qui s’en suivent parfois.

Jacques Brel disait qu’à 20 ans on croit se laver le coeur comme on se lave les mains. De nos jours, à 20 ans, les enfants perdus croient pouvoir se laver le corps comme ils se lavent les mains. Pas si évident. La sexualité marque, car elle est le désir de reproduction. A trop jouer avec, c’est le désir de reproduction qui se perd dans la recherche du plaisir, du toujours plus pour toujours moins, même dans les couples qui auraient pu construire une belle famille mais qui ont mis la charrue de la sexualité avant les boeufs de l’engagement. Ces derniers, qui s’entendent pourtant, doivent réapprendre à se respecter pour survivre quand ils ont appris dans les débuts à échanger leurs flux dans une recherche de plaisir stérile.

Les enfants perdus d’occident ne deviennent pas stériles sans raison. Ils le deviennent parce qu’ils se sont perdus en chemin, et qu’il n’y a personne de légitime à leurs yeux, ni leurs parents, ni leurs ancêtres, ni le modèle social dans lequel la société tente de les faire entrer de force (travail, impôts, loisirs). Ils n’aiment plus, n’ont pas été aimés, ne savent plus comment aimer et ne veulent donc plus se reproduire, ou ne savent plus comment faire. Et aucun adulte ne veut ou ne sait leur enseigner les lois immémorielles de l’humanité, car elles s’opposent au discours social, et que ces adultes sont devenus trop serviles pour s’y opposer. L’attitude qui tranche est proscrite du champ social. Les hommes sont pourchassés et fantasmés.  Les ambitions amoureuses sont constamment revues à la baisse. 


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