Face à la censure croissante, ou aux moyens techniques pour invisibiliser mon site, je me suis pris d’une idée folle : et pourquoi pas reconstruire mes propres outils ? J’avais le souvenir d’un internet libre dans ma jeunesse et qui permettait de créer du contenu sans avoir de compte à rendre à personne, sauf aux lois de mon pays. L’IA allait me donner le niveau d’un ingénieur informaticien ++ qui me permettrait de me libérer.
J’achète donc un téléphone portable proportionné à mes ambitions pour le transformer en serveur et commencer à héberger mon site chez moi. Il faut vous préciser qu’une des premières censures que j’avais subie, l’avait été de la part d’un de mes hébergeurs. J’en avais gardé un souvenir cuisant et je m’étais toujours dit qu’à la première occasion, je volerai de mes propres ailes. Les prix de l’hébergement ne cessaient d’augmenter aussi, pour un service de moins en moins bon. Or voilà quelle fut la première étape de ma déconvenue.
Du matériel bridé
Je reçois le portable, et je m’aperçois qu’il a été prévu pour empêcher toute transformation par l’utilisateur. C’est un samsung. Les dernières générations de cette marque empêchent carrément le root. Autrement dit, vous subissez un environnement informatique matériel sans pouvoir l’améliorer ou le modifier. Il ne suffit pas à ce genre de marque de faire avaler d’énormes couleuvres à leurs utilisateurs lambda. Il faut encore qu’elles empêchent les utilisateurs avertis de s’échapper de la nasse.
Que nenni, j’ai de la chance. Sans le savoir, j’ai acheté un téléphone juste avant ces générations qui bloquent tout (ui8) et à force de manipulations très compliquées, rendues compliquées par le fabricant je m’entends (on dirait ma voiture stélantis), j’arrive à avancer un peu. J’obtiens un accès presque complet au téléphone. Je décide de le nettoyer des applications inutiles pour soulager le fonctionnement de mon futur serveur. Deuxième instant de sidération :
Je découvre l’univers du mobile
Sur 350 applications installées sur ce « smartphone » (moyenne pour l’ensemble des téléphones, vous ne les voyez pas mais elles tournent en arrière plan), 250 ne servent à rien ou presque, sauf à tracer votre vie privée. Sans forcément chercher, je découvre quelques pépites : votre clavier de smartphone samsung enregistre ce que vous tapez et il est « online ». Je songe avec quelques frayeurs que c’est un bon moyen de récupérer le profil psychologique de tous les utilisateurs pour orienter facilement leurs achats ou leurs votes.
Chaque application possède ainsi ce potentiel de vous cerner plus que vous ne le croyez, et pour des usages que vous aurez peine à imaginer si vous n’êtes pas docteur en psychologie. Mais je suis plein de courage ! Et je suis un utilisateur averti qui en vaut 2 ! Alors je continue.
L’icann, I can
J’ai nettoyé mon téléphone. Il est prêt à servir de serveur pour héberger mon site. Techniquement il est temps pour moi d’acheter un nom de domaine, avec son extension. Je me renseigne, et là je tique : 50 euros par an pour l’extension que je cherchais à obtenir, c’est raide. Je me demande où va tout cet argent, alors que le coût d’entretien du réseau pour ce système est quasi nul. Je fais mes petites recherches et j’apprends qu’un prestataire qui a payé l’icann pour gérer mon extension, s’arroge le droit de me faire payer le prix qu’il veut en retour, au nom de la loi de l’offre et de la demande sur les extensions. En fait, l’icann lui a cédé une rente féodale. Il n’a rien à faire, sauf à décider du prix. Et il encaisse. Le consommateur paye.
Surveillé et contrôlé à demeure
Je n’ai aucune appétence pour le cocufiage. Je me dis alors que je vais me passer de l’icann. Et vous savez quoi ? C’est possible ! Des extensions de domaine sont libres et gratuites, en dehors de l’icann. Seul hic : aucun navigateur ne les accepte plus depuis quelques années. Chaque internaute doit configurer le sien manuellement pour espérer accéder à ce genre de site. Autrement dit : aucune personne n’aura accès à mon site si je fais un tel choix, parce que personne n’aura le temps ni les connaissances pour le faire, si toutefois, je décide de me passer de l’icann. Ca se passe chez vous, sur votre propre ordinateur, qui ne vous veut plus entièrement du bien.
La justification sécuritaire, toujours elle
Les seuls qui se donnent les moyens d’échapper à un tel système dans le monde réel sont …. je vous le donne en mille : les réseaux illégaux. Quand vous entendez parler de « dark net », c’est un peu cela. Des personnes qui ont intérêt à sortir de la matrice pour faire de l’argent de manière immorale, ou pour entretenir leurs vices. Le citoyen moyen qui veut reconquérir sa liberté se sent un peu à l’étroit dans un tel microcosme…
Paraît-il, il faut perdre un peu en liberté pour garantir notre sécurité (c’est le langage qui marche à tous les coups avec mémère). Or malgré tous ces obstacles à la liberté sur internet que je viens de vous décrire, jamais les réseaux pédocriminels n’ont été aussi étendus, jamais un citoyen comme moi n’a été autant privé d’autonomie. De là à dire que ceci explique cela, je n’irai pas jusque là. Mais les imbéciles qui légitiment de telles décisions restrictives des libertés feraient bien d’y songer : ils ont échoué. Peut-être devraient ils s’interroger sur leur manière de voir le monde, afin de permettre aux citoyens innocents de s’exprimer, plutôt que d’encourager la ruse, le crime et la dissimulation en se focalisant sur le marketing qui nous les vend, basé sur cette fameuse sécurité dont nous semblons de moins en moins bénéficier. Passons.
Le réseau caché (pas tant que cela)
Avec cette histoire d’extension, je comprends que je l’ai dans le derche. Mais j’ignore encore à quelle profondeur. Il faut que j’en passe par l’icann certes, par les empêchements de samsung, oui, mais c’est peut-être terminé ? Eh bien… non. Pour assurer le lien entre mon serveur et le public, j’ai encore besoin de cloudfare.
Cloudfare, vous savez ? C’est cette entreprise sympathique qui autorise les connexions rapidement sans que vous ayez à remplir les captchas lénifiants de google. Je m’étais toujours demandé comment une petite entreprise avait réussi à défier google. Désormais je le sais. Cloudfare n’est pas une petite entreprise. Elle est même au centre du système. Elle complète le dispositif de contrôle. Et vous savez quoi encore, comme l’icann, et par le plus grand des hasards, elle est américaine ! Et vous savez quoi encore ? Il est quasiment impossible de se passer de cloudfare sans être invisibilisé. Quant à ceux qui dirigent ces ong, ils sont sous contrôle de l’état us. Ce système est superbement cadenassé. Je vous laisse le soin de faire vos recherches si ça vous intéresse. C’est facile à retrouver et à comprendre.
La solution finale
Toujours est-il, certains d’entre vous me connaissent, je ne vais pas m’arrêter pour si peu. Il reste encore une possibilité, tout faire chez moi avec l’aide de mon opérateur, même s’il faudra absolument en passer par l’icann.
Je m’aperçois alors que le monde a également changé du côté des opérateurs. Pour héberger mon site chez moi, sans cloudfare, il faudrait que le dit opérateur me procure une adresse IP fixe (sorte d’adresse pour les ordinateurs d’une maison). Et ô surprise, vous l’aurez deviné, le consommateur moyen n’a plus le doit à son IP fixe. Il a une IP tournante et de plus en plus tournante, car le fournisseur d’accès en a paraît il de moins en moins. C’est ballot. Même les professionnels y ont de moins en moins accès…
Du coup, je dois rendre les armes, au moins temporairement. Pour l’instant, il est impossible de s’auto-héberger sans en passer par des entreprises tiers us, très liées au gouvernement américain, et sans payer la dîme, ou l’octroie plutôt. Il n’y a absolument plus aucune solution praticable, contrairement à quelques années de cela, et ce, malgré l’arrivée de l’IA.
I have a dream
Cela ne doit pas nous empêcher de rêver un peu. Dans l’absolu, je devrais pouvoir me choisir une adresse personnelle pour mon site, n’importe laquelle. Un ordinateur vérifierait si elle n’est pas déjà prise. Et voilà, je pourrais héberger mon site ! Et vous pourriez y avoir accès ! Quant aux policiers, eh bien, ils pourraient toujours faire leur travail de policier et arrêter les méchants, en se sortant un peu les doigts du cul, au lieu d’emmerder les polémistes. Leur travail serait d’autant facilité qu’il y aurait des IP fixes pour ce faire.
Là, j’ai plutôt l’impression que les méchants, ils courent, ils courent, et qu’on leur donne toujours plus les moyens de courir et de s’organiser. Le citoyen dont l’autonomie dérange notre oligarchie, lui, il rame. Il est peut-être très motivé, mais ses lecteurs le sont beaucoup moins qu’un pédo en mal d’enfant. C’est peut-être aussi là que se joue le drame.
Mais rassurez mémère, la sécurité progresse elle !
Publier un site devrait se faire en 4 gestes. Une utopie ? C’était à peu près comme cela dans les débuts de l’internet. Depuis, le citoyen s’est fait enfumé, racketté, contrôlé pour rien, et de plus en plus. Au point qu’il est devenu difficile de repérer dans ce système des restes de liberté pour lui, à part celle de consommer, et encore, il y aurait tant à dire sur le sujet.
Si vous rajoutez à cela la surveillance généralisée des services de renseignement, les déviances des IA comme chatgpt et leur volonté de ne plus envoyer l’internaute vers des blogs, les algorithmes truqués de certains moteurs de recherche, les shadow bans, les vpn de plus en plus censurés (par contre il faut donner son identité au sens très large et la couleur de son slip à toutes les institutions au risque de se faire arnaquer par la suite après un piratage de ceux là même qui vous vendent cette fameuse « sécurité »), les pressions gouvernementales sur les réseaux sociaux, que nous reste-t-il exactement ? Vous ne posséderez rien et vous serez heureux je suppose ?
Nous nous rapprochons dangereusement des pratiques des pays autocratiques. Et par certains aspects, le système américain les dépasse : dans le racket organisé contre les consommateur par exemple ou dans l’hypocrisie ambiante ou dans ce contrôle des populations à leur insu en les faisant psychoter sur une trop grande liberté des internautes qui n’existe que dans leur tête.
L’épée de Damoclès, vous connaissez ?
Vous me direz, l’icann est sous contrôle américain mais elle n’a pas encore sévi. Toutes les données qui transitent par elle sont sous la surveillance du gouvernement us, sans qu’il n’ait encore fait exploser un quelconque nordstream de l’information. Oups… l’état russe semble avoir été particulièrement prudent en déployant son système internet autonome juste avant d’investir les zones russes de l’ukraine. J’imagine que le paquet de sanctions qu’il a subies n’aurait pas manqué de concerner ses réseaux s’il en avait fait fi. Les problèmes de connexion rencontrés à l’intérieur de ce pays ne doivent pas y être étrangers non plus. De toutes les manières, où est votre autonomie lorsque vous devez rester sous la menace permanente d’une sanction us en cas de désaccord géopolitique ou économique ?
Même à titre personnel, que savez-vous réellement du contrôle qui est exercé à votre domicile ? Pas plus que moi, c’est à dire rien du tout. Vous savez que les opérateurs privés vous mettent à poil, ou bien que les institutions publiques exigent que vous leur transmettiez vos données personnelles alors qu’elles sont incapables de les protéger. Ca, c’est certain. Par contre, le contrôle des opérateurs publics à votre propre domicile vous est caché, alors que leurs possibilités sont immenses comme nous le prouvent les actions passées de la NSA (à une époque où cet organisme d’état bénéficiait de beaucoup moins de moyens technologiques qu’en ce moment). Vous n’êtes plus en sécurité à demeure, et ceci au nom de cette fameuse « sécurité ». C’est vraiment idiot de dire qu’il y a trop de libertés sur internet. Il y en a trop pour les escrocs. Mais ceux-là ne seront jamais dérangés par les lois liberticides. Le quidam le sera.
Citoyen propriétaire de sa vie, il est temps de reprendre les armes ! L’ordre est partout, la vie nulle part. Les pédos, les narco trafiquants et les vendeurs d’armes ont prospéré, pendant que le citoyen moyen se trouva for dépourvu quand la bise de la sécurité fut venue. Il faut remettre aux pas tous ces incompétents féminisés sans vision d’ensemble, qui nous ont imposé un monde de fourmis obséquieuses et illettrées au nom de la liberté.
A bon entendeur, s’il y a encore quelqu’un pour entendre !
***
Petit historique du contrôle étatique de l’infrastructure internet :
1983 : les dns dirigent les accès à partir de serveurs centralisés. Avant, un simple fichier texte à la racine du site suffisait pour créer son adresse.
1993 : un monopole est créé sur les noms de domaine. Le contrôle d’état devient total.
1998 : l’icann, une ong, est chargée des noms de domaine. Elle établit une relation contractuelle avec l’état us.
2000 : l’hébergement se libéralise. Cela ne change rien au contrôle.
2003 : une entreprise privée aux intérêts obscurs est chargée de définir la norme unique de connexion (verisign, ex-Nsi)
2012 : monétisation des noms de domaine. L’état us privatise la rente, et conserve le contrôle. Le consommateur paye.
2016 : sur le papier, l’icann devient indépendante. En réalité, elle est entièrement sous contrôle de l’état us à cause de son système de nominations interne.
2019 : la russie crée son réseau internet miroir pour contrer le pouvoir américain de l’icann. A utiliser en cas de problème pour échapper à une possible coupure…
2020 : le navigateur firefox, chrome, et même le système d’exploitation windows 10, obligent tous leurs utilisateurs, à en passer par cloudfare, par défaut, pour se connecter à un site.
De 2023 à 2025 : les opérateurs français suppriment progressivement l’adresse IP fixe dans les logements français, adresses qui permettaient encore l’auto hébergement sans en passer par cloudfare. Cocorico : l’opérateur « orange » est le dernier à céder.
2024 : le monopole de google est reconnu (tard) par la justice, mais l’entreprise n’est pas démantelée.
Et pour la suite, l’IA devrait encore renforcer ce contrôle sur les internautes si rien n’est fait pour penser ce système du point de vue des libertés individuelles.


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